Dans la pénombre des couloirs, une silhouette se faufilait vivement entres les corridors sans jamais regarder derrière elle. Ses pas ne laissèrent derrière eux que le silence et un léger souffle qui se faisait de plus en plus fort. Elle sentait son rythme cardiaque s’accélérer, ses pulsions devenir plus forte, sa tête devenir plus lourde. Elle ne voulait pourtant pas s’arrêter, pas maintenant. Elle allait donc de plus en plus vite, descendant à toute vitesse les étages qui la séparaient de chez elle…. Mais elle ne pouvait plus attendre pour descendre… Les quelques torches qui brûlaient encore ne réussissaient pas à prendre la pâleur morbide qui composait ce visage à la horrifiée et peiné…Enfin, jusqu’à ce qu’elle n’en puisse plus. S’accrochant à la pierre d’un des murs de glace de la forteresse magique, l’ombre s’y adossa alors, tentant de reprendre son souffle et ses esprits. Alors qu’elle se laissait glisser jusqu’au sol, et ce même si le mur lui avait égratignée totalement le dos, quelques rayons de lumière vinrent éclairer ce visage qui ne parlait beaucoup plus que les mots : Katharina Lancaster, la serpentarde.
Son souffle ne pouvait se ralentir, au même terme que son cœur qui frappait à grand coup dans sa poitrine, lui levant le cœur à quelques reprises sans jamais qu’elle ne laisse aller à cette requête. Elle avait la nausée, elle voulait simplement s’endormir ! Oublier et encore plus… Simplement disparaître quelques heures, quelques temps… Sa main qui serrait un petit morceau de papier, elle se mit à le chiffonner de plus bel, tentant d’en abîmer le plus possible… Pourvu que ce dernier se décompose, pouvu qu’il se décompose ! Mais la belle oiselle de nuit ne semblait pas plus réconforter de son geste. Elle avait chaud, beaucoup trop chaud, mais de l’extérieur, son corps était glacé, presque déjà trop froid pour appartenir à un être bel et bien vivant. Elle sentait même les sueurs froides lui couleur le long de l’échine… Elle retenait alors ses larmes et son souffle… Elle ne pouvait se permettre de faire plus de bruit qu’elle ne le faisait déjà.
Une nouvelle fois, Katharina abaissa la tête. Cela faisait deux nuits d’insomnie complète qu’elle ne faisait que penser à la dernière missive qu’elle avait reçu. Deux nuits consécutives qu’elle avait pleuré toutes les larmes de son corps jusqu’à en devenir malade, jusqu’à en vomir et à en perdre son teint et ses cheveux : elle en était malade, plus qu’il n’y paraissait. Son image reflétait toujours la belle et somptueuse demoiselle qu’elle était, mais pourtant, il y avait cette amertume dans son regarde, quelque chose de morne, laissant Avril tourner le dos à Janvier. Ses joues étaient alors devenue plus creuses, son bouche plus fine et rouge, ses yeux plus cernées… On aurait dit une morte, un cadavre qui ne tenait que par principe. Et dire que cette ravissante défunte était toujours aux prises avec sa vie… Mais elle ne la vivait plus, elle était devenue figurante dans une situation qu’elle n’avait pu contrôler… Noël ayant passé, elle avait dû se rendre chez elle, en Angleterre, revoir sa famille, son père…
Elle tentait en vain de chasser ses pensées, mais plus le temps passait et que la lune montait dans le ciel, plus la verte et argent sentait ses nerfs la lâcher. Déjà qu’elle n’avait rien à faire là où elle était, elle ne pouvait pourtant pas se défiler. Elle respirait tant bien que mal, tentant de ravaler ses sanglots et ses larmes, cachant du mieux possible les quelques coulisses humides qui lui peignaient les joues alors que son cœur battait toujours à la chamade. Ses jambes rapportées tout près d’elle et ses bras autour d’elle, elle ne pouvait se protéger d’elle-même… Et pourtant, elle aurait tout donné pour que sa Lily soit- là, tout près d’elle à la réconforter, à rester là, simplement pour être là. Ses longs cheveux bruns trainaient en sur ses épaules dénudées alors que ses doigts fins pianotaient nerveusement sur sa peau. Comment se faisait-il qu’elle ait pu descendre aussi bas ? Encore une fois ?
Mais alors, elle coupa rapidement son souffle et redressa sa tête. Tendant l’oreille, elle pouvait déjà discerner des pas qui étaient tout près d’elle….Pourtant, elle ne pouvait pas s’enfuir, elle n’en avait pas la force…Et elle savait déjà qu’au moindre mouvement, elle vomirait… Elle pouvait à peine bouger, elle était beaucoup trop mal. Et alors, elle leva délicatement la tête vers le bruit qui provenait de sa droite… Qui cela pouvait-il bien être à cette heure si tardive ? Quoi qu’il en soit, la belle ferma alors ses grands yeux dépareillés, elle ne pouvait consentir à être si bêtement traquée…Mais dans le cas où elle devrait être interpellée, chose qui était destinée à arriver, elle n’allait pas s’échapper… Mais elle se demandait déjà comment pourrait alors faire pour ouvrir la bouche alors que les sanglots obstruaient sa gorge jusqu’à l’irriter totalement, la condamnant à un mutisme presque troublant, non pas seulement pour elle, mais pour ce futur interlocuteur qui avançait dangereusement…
Elle se serra un peu plus, espérant que cet être ne pourrait pas la descendre encore plus qu’elle ne l’était déjà… En fait, elle allait même à espérer qu’il lui fiche la paix, qu’il aille loin, qu’il fasse comme s’il n’avait rien vu… Mais ce n’était que des chimères, ce genre de chose ! Elle était immanquable, cette demie-vélane adosser contre le mur et assise au sol ! Qui aurait été assez fou ou aveugle pour affirmer ne l’avoir pas vu ? C’était là une bien bonne question à laquelle elle n’avait ni réponse…Ni même le goût de répondre ! Elle pouvait bien espérer qu’il se replie, il ne le ferait pas. Elle décomptait maintenant les pas qui s’approchaient d’elle. De temps à autre, elle pouvait même percevoir le souffle de ce nouveau venu qui ne cessait sa marche singulière.
Un, deux, trois, et il s’arrêta. Elle gardait alors la tête basse, sa posture enfantine et protectrice alors que, à moins de deux mètres d’elle, elle voyait deux jambes, sans qu’elle puisse en voir leur possesseur…. Elle n’osait pas monter sa tête, sa migraine était déjà persistante comme ça. Elle s’attendait alors à ce que le son de la voix de cet être lui parvienne au crâne, quitte à ce qu’il explose… Par pitié, qu’on ait la bonne grâce de la laisser tranquille pour une fois dans sa fichue vie !